Paternité
Mes réflexions, mes impression, mes inquiétudes concernant mon rôle de père.
Mes réflexions, mes impression, mes inquiétudes concernant mon rôle de père.

Les jours s’enchaînent depuis quelque temps et les pas aussi! Ça fait maintenant presque deux semaines que Marilou se lève debout sans s’appuyer sur rien et enchaîne des pas. Quand elle y arrive, vous devriez voir son visage s’illuminer. Si en plus elle arrive à terminer le trajet qu’elle s’était fixé au départ, elle arrête, puis tappe des mains pour s’applaudir.
Inévitablement, elle retombe et ce n’est jamais très gracieux. Elle se tortille pour se replacer dans la position qui lui permet de se lever et s’exécute à nouveau.
Ces temps-ci, je peux la regarder faire pendant de très longues minutes. Assis sur le canapé, je souris en regardant ma fille hésiter, vouloir, s’émerveiller, rater, réussir, trébucher, triompher, tomber puis se relever. C’est ça la vie, la sienne, la nôtre!
J’ai pas assez écrit sur elle… et pourtant, il y a tellement à dire.
Bonne fête ma grippette!

Je venais de m’asseoir dans mon char, il devait être 21h. La caissière qui m’avait couru après pour me redonner ma carte de crédit que j’avais, encore une fois, oubliée dans la machine à cause de ces foutues nouvelles puces retournait à sa caisse tranquillement.
Dans le fond du parking, un papa. Un sac d’épicerie à la main et sa fille d’un an et demi environ à l’autre, ils marchaient tranquillement. On s’était croisé à deux reprises à l’intérieur du IGA. Le papa trimbalait sa fille dans un panier d’épicerie en forme de camion de pompiers. Lui, il avait la mine un peu basse, un t-shirt pas trop joyeux et des shorts un peu sales. Elle était insouciante, comme tous les enfants le sont à cet âge. Il avait sa journée dans le corps, ça paraissait, mais il accomplissait son devoir de père et il donnait l’impression de tenir le fort à bout de bras.
Il y avait du Pierre Lapointe à la radio. Je les voyais se faufiler et essayer tant bien que mal d’enjamber l’herbe haute pour piqué dans le champ. C’était probablement plus court par là.
Je les voyais, mais je restais immobile. Le motton dans la gorge. J’aurais eu envie de lui dire : « Hey, tu veux-tu un lift ? » ou « Hey, tu veux-tu mon épicerie ». Mais j’étais bien trop gêné de le faire. Alors, je ne l’ai pas fait, je n’ai rien dit. Je suis retourné à la maison ou ma copine m’attendais dans le salon devant la télé et la Coupe Rogers présentée par Banque Nationale et mes petites dans leur lit, endormies, paisiblement, chacune dans leur chambre au deuxième. En ouvrant la porte, ma copine me lance « Pis, t’as choisi quel chocolat finalement ? »
On a pas tous la même chance hein!
Lâche pas mec!
[Ève] – Papa… toi t’es mon papa… toi t’es mon père!
[Moi] – Oui ma chouette, je suis ton père.
[Ève] – Papa… c’est qui ton père à toi ?
[Moi] - Mon père, tu le connais très bien Ève, c’est Papilou!
[Ève] - Oui mais c’est quiiii Papilou ?
[Moi] - Haha! Papilou… il s’appelle Sylvain et Sylvain, c’est mon papa. C’est en grande partie à cause de lui que je suis comme je suis.
[Moi] - Toi Ève, à quoi tu aimes jouer ?
[Ève] - Au hockey! Pis la piscine aussi! Sauter sur le lit pis faire des galipeeeettes.
[Moi] - Et avec qui tu fais tout ça ?
[Ève] - Avec papa-mamannn!!
[Moi] - Tu vois, quand j’étais petit, c’était la même chose pour moi. Moi aussi j’ai aimé ce que je faisais avec mon papa et ma maman. Avec Papilou, je faisais de la musique. À toutes les semaines, j’allais au cours de violon puis ensuite de piano avec lui. Maintenant, je joue de la guitare et du piano, pis j’ai même un jembe et un harmonica. Toi, tu aimes ça jouer de l’harmonica hein !?
[Ève] - Oui !! … Quoi d’autre ?
[Moi] - Ben mon papa, il me racontait les fois où il faisait de la montagne. Il allait souvent marcher dans les montagnes aux États-Unis. Alors moi aussi j’ai eu envie de monter beaucoup de montagnes. Avant, je partais aussi très souvent aux États-Unis pour monter des montagnes moi aussi. Même que je les montais l’hiver! Toi, tu aimes ça faire de la raquette l’hiver ?
[Ève] - Mouii !! … Encore d’autres histoires.
[Moi] - Avec mon papa, j’ai appris à patiner!
[Ève] - Moi aussi je veux patiner! Moi aussi! … Papa, je veux aller patiner… si te plaît, si te plaît, je veux aller patiner…
[Moi] - Haha! Ma chouette, on est au mois de juin, c’est l’été, on peut pas aller patiner. Mais cet hiver, c’est promis, on va apprendre à patiner ensemble ok !? On ne peut pas tout de suite.
[Ève] - Ohhhn. Encore d’autres histoires.
[Moi] - Mon papa, il pouvait parler de tout. Il savait presque tout. À part le ketchup, il aimait presque tout. Il lisait de très gros livres. Je l’écoutait parler et je me demandais comment il faisait pour se rappeler de tout. Moi, je ne sais pas tout comme lui, mais je m’intéresse à tout, comme lui. Moi tu sais, j’aime presque tout, j’aime même le ketchup! Toi aussi tu aimes ça le ketchup hein!
[Ève] - Ouiiiiiiii !!
[Moi] - Tu vois, mon papa, il m’a appris un tas de trucs. Il m’a fait découvrir des choses que j’aime et d’autres que j’aime pas. Il prenait du temps pour me raconter des histoires. Il m’a montrer à travailler fort. Quand j’étais petit, je savais que mon papa n’était pas le plus fort, mais je savais qu’il était vraiment le plus intelligent. Moi, je l’aime très fort mon papa. Toi, est-ce que tu l’aime très fort ton papa ?
[Ève] - Hrmm Oui, fort commmmme ça! (Ève étire les bras le plus qu’elle le peut)
[Moi] - Pis, est-ce que ton papa c’est le plus fort de tous les papas ?
[Ève] - Oui! Regarde, moi aussi je suis forte. Haaarrggnn… (Ève me montre ses biceps et force – de la face plus que des bras – à en trembler)
[Moi] - Ah que je t’aime toi!
—
Bonne fête des pères papa!
Le côté gauche de son visage défiguré et l’oeil complètement fermé par une infection, ma grande de 3 ans, regardait, de son autre oeil, le médecin et les deux infirmières entrer dans la salle où nous nous trouvions.
Quelques instants plus tard, ils la couchaient sur le lit, un lit beaucoup trop grand pour elle… comme pour n’importe quel enfant. Elle déposa craintivement sa tête sur l’oreiller recouvert de papier en regardant l’équipe médicale s’affairer à installer le matériel.
Le soluté, les aiguilles, le moniteur, le plateau d’instruments… N’ayant aucune référence, elle tournait la tête vers nous sans cesse, sans dire un mot, pour valider que c’était la norme, pour valider que nous étions toujours là et pour valider les questionnements qu’il pouvait y avoir dans sa tête de trois ans. Elle tenait son bras droit comme les infirmières lui avaient demandé. Elle regardait sa mère, agenouillée à côté d’elle, qui lui racontait une histoire qu’elle inventait à mesure et au rythme de l’équipe médicale.
Une infirmière lance : Ça va pincer ma grande.
Rien… rien… aucune réaction, sauf un léger mouvement de menton pour ravaler une émotion qu’elle sentait de trop. Une émotion qui l’aurait fait mentir, car un peu plus tôt, elle nous avait dit qu’elle allait être une grande, qu’elle n’allait pas pleurer. Pendant l’intervention, elle n’a jamais bronché. Elle était forte, comme elle l’avait promis. Tellement forte, que j’ai craqué. Je lui ai tourné le dos et fait semblant d’aller ranger un truc dans un sac le temps de reprendre mes esprits.
Une fois la prise de sang terminée et le cathéter installé, les infirmières quittent en nous informant que l’antibiotique devrait arriver sous peu de la pharmacie. Ève souleva un peu sa tête pour les voir sortir puis reposa sa tête sur l’oreiller. Son menton tremblait de temps en temps. Je ne l’avais jamais vu comme ça. Puis elle nous regarda intensément… et elle a éclaté en sanglots.
Ève a été une grande, comme elle aime le dire. Plus grande que son père qui a craqué, trop ému par la ténacité et l’orgueil de sa fille.
Notes : L’enflure semble avoir cessé de progresser. Ève dort paisiblement à la maison à l’heure où je publie cet article. Je vous tiendrai au courant bien sûr. Julie et moi sommes quand même moins inquiets que ce matin :O)
Quand on devient parent, il y de ces moments qui n’arrivent plus ou plutôt qui n’arrivent plus que très rarement.

Je suis un papa vraiment très chanceux parce que sans avoir eu à l’expliquer, à le débattre où le faire passer au conseil, il existe un moment ou plutôt un état, que je revendique à l’occasion, où l’immunité parentale m’est accordée.
C’est le moment du café. Celui du matin, avec du lait chaud moussé et un peu de sucre.
« Moi aussi veux faire du café ! » « Moi veux aller su le comptoiwe ». Ève me regarde mousser le lait avec la machine espresso. Elle « m’aide » ensuite à tasser uniformément le café moulu pour qu’il y ai cette petite mousse sur le dessus du café lorsqu’il coule dans la tasse. Une fois le café terminé, elle ferme la machine, range le pot de sucre le long du mur et repart jouer dans le salon sans demander son reste. À ce moment, mon immunité débute.
Je suis immunisé des crises, des changements de couches, du rangement, d’habiller les enfants, de la vaisselle. Je suis même protégé par Julie des questionnements incessants d’Éve qui, du haut de ses 2 ans et demi, essaie, lorsqu’elle ne dort pas, de comprendre un peu mieux la vie. « Ève, laisse papa tranquille un peu, il prend son café ».
Ahhh… merci Julie!
Bon, je n’ai pas écrit depuis… hmmm 3 mois! Ça vous donne un aperçu de mon taux d’occupation! Je vous avais dis que j’allais vous tenir au courant… mieux vaut tard que jamais.
Quand on est papa, papa au carré, papa au cube ou papa au… c’est quoi déjà après ? Enfin, quand on est papa, le manque de temps, est la source la plus importante des petites frustrations quotidiennes. Celles qu’on ne dit pas, celles dont on ne parle pas vraiment parce qu’elles ne sont pas « importantes » ni intéressantes… pour les autres.
Si on récapitule, je réussi donc à libérer tout près de 8 heures dans une semaine. 8 heures… pour faire du ménage, de la bouffe, changer des couches, pas dormir, laver les autos, passer la tondeuse, pas dormir, gérer mon entreprise, faire les comptes, pas dormir, regarder Benjamin la tortue et le chevalier vert, boire trop de café, manger trop de biscuits soda, pas dormir et bientôt… aussi pour pelleter l’entrée.
Ahhh… les joies d’être papa!
P.S. Faut ben que je bitch un peu des fois sur la chose pour demeurer crédible.
Elle est belle n’est-ce pas!?

Et bien elle aura une petite sœur bientôt… d’ici quelques jours en fait!
Je tenterai de vous tenir au courant bien sûr!
Pour Ève, le concept de « tantôt » ressemble à celui d’un placard, ou encore à celui d’un petit tapis. Si quelque chose lui déplaît, elle ouvre le placard ou soulève le petit tapis, se débarrasse de ce qui la dérange le plus rapidement possible en espérant ne jamais plus avoir à y faire face.
Papa : On va prendre le bain ma puce…
Ève : Non, tâto!
Papa : Tu viens manger ma peanut…
Ève : Non, tâto!
Papa : Viens, on va changer ta couche qui pue…
Ève : No, non, non… tâââto!
J’en ai vu d’autres qui disaient « Une minute » ou encore « Bou! », en espérant que tu disparaisses (avec ton idée de lui laver la bouille après une partie de chocolat) comme un fantôme.
—
J’ai entendu parler d’une étude sur les bienfaits du rire… que les enfants riaient beaucoup plus que les adultes… et tralala. Eh bien je peux vous dire qu’avec tous ses petits apprentissages, toutes ces limites qu’elle s’amuse à tester, à essayer de comprendre avec sa petite tête de 2 ans… elle nous garde bien en forme!
« Ève, on compte !? »
Deu, twoua, deux twoua, go, quatoze!
« Sscheule sscheule scscheule! »

Ça veut dire « Écoeure-moi pas, j’veux le faire toute seule ». Ève a 22 mois (après 24, promis on switch en années), elle est dans une phase d’affirmation. Un brin contestataire, elle remet en question – sans véritable raison – les règles et routines mises en place depuis des mois. Ça fait partie du processus normal apparemment.
De mon point de vue (je vois toujours les choses d’un peu plus haut que tout le monde), je me dis que ça doit être un moment de sa vie absolument frustrant. Elle comprend tellement de mots, de concepts, de relations… mais elle n’est pas en mesure de renchérir vraiment. En fait, oui, mais pas autant qu’elle l’aimerait.
La phase du « Sscheule », c’est la phase où il faut prévoir 10 minutes quand d’habitude ça en prend 2.
C’est la phase où les chaussettes vont tout d’un coup dans les bras plutôt que dans les pieds.
C’est la phase où, en plus de sa couche à elle, il faut en mettre une à sa grenouille en peluche (communément appelée « nouille ») et une autre à son écureuil en peluche (communément appelée « yeuille »).
C’est la phase aussi où monter dans l’escalier devient une expédition archéologique dans les mailles du tapis des 14 marches (on les compte tous les soirs) qui donnent accès au fameux « mmbain ».
C’est la phase où elle prend son dernier morceau de « toast teyyla » (toast au nutella), nous fixe directement dans les yeux et se fait un shampoing improvisé… juste pour voir notre réaction.

Mais la phase du « Sscheule » c’est surtout la phase où elle te regarde, te souris et comme ça, gratuitement, te dit : « taime papa ».