Le titre est un peu dur, un peu sec, j’en conviens. Mais il n’en demeure pas moins que c’est désormais très souvent la réalité quand je me retrouve devant une salle de classe à l’université. Toutes les classes ? Non, mais je dirais que c’est de plus en plus la réalité lorsque j’enseigne à des groupes plus jeunes.
La classe 2.0
Installé en avant de ma classe, je les vois lire discrètement (si seulement c’était le cas) leurs textos, leurs courriels et les derniers statuts d’amis sur Facebook. Depuis leurs téléphones, cachés maladroitement au bout de leur bras sous les pupitres, ils se parlent, ils « communiquent », c’est la classe 2.0!
Personnellement, c’est une nouvelle réalité que j’ai choisi de ne pas combattre. Je l’avoue, au début, je trouvais ça fatigant, insolent même. Un tas de questions te passent par la tête : « Qu’est-ils ont ces deux-là? Il est plate mon cours ?! », « Ils ont déjà vu cette matière peut-être ? », Lui, il ne m’écoute pas, mais pas pantoute !! », « Pourquoi elle rit toute seule ? », « Pourquoi s’échangent-ils des regards en rapport à ce qu’ils voient sur leurs écrans ?! », « Lui, il est en train de vérifier sur Google si ce que je viens de dire est vrai ! »
Quand je sortais du cours après trois heures de « compétition », j’étais brûlé, épuisé de ce combat contre les blogueurs qu’ils lisent dès qu’ils ont un peu de temps, contre leurs 324 amis Facebook, contre les derniers statuts Twitter des camarades de classe qui se font des inside de cohorte. Combien de fois j’ai pu lire des étudiants blasés, blaster leur professeur sur Twitter! Ouff!
Il y a 2 réponses possibles :
1.0 – Se dire qu’ils sont là pour devenir de meilleurs gestionnaires, de meilleurs gens d’affaires. Que lorsqu’on est en réunion avec des gens qui ont quelque chose à nous dire, sortir son ordinateur ou son téléphone pour parler est plutôt mal vu. Que l’art ou tout simplement la capacité de prendre des notes écrites à la main s’estompe tranquillement
2.0 – Apprendre à gérer cette nouvelle réalité. Apprendre à faire semblant que ça ne nous dérange pas. Surtout, apprendre à en rigoler avec eux. Après tout si j’étais à leur place, je ferais probablement la même chose!
Témoignage d’un chargé de cours 2.0
7 réaction à l'article Enseigner à des laptops
DOm 31 mai 2010
Tu abuses du 2.0 Guillaume, tu abuses…
Alexandre Hamel-Lesieur 31 mai 2010
En fait en tant qu’ancien étudiant je suis dans la meilleure position pour répondre à tes questionnements
« Qu’est-ils ont ces deux-là? Il est plate mon cours?! »
Oui des fois comme toutes les cours, des fois aussi ce sont les étudiants qui ne sont pas aptes à écouter et on un tonne d’affaires à penser
« Ils ont déjà vu cette matière peut-être? »
Oui des fois, mais ça, c’est un autre débat auquel l’UdeS doit répondre
« Pourquoi elle rit toute seule? »,
car elle vient de se faire envoyer un lien drôle sur skype
« Pourquoi s’échangent-ils des regards en rapport à ce qu’ils voient sur leurs écrans?! »
idem comme l’autre question d’avant
« Lui, il est en train de vérifier sur Google si ce que je viens de dire est vrai! »
oui
« Combien de fois j’ai pu lire des étudiants blasés, blaster leur professeur sur Twitter »
Oui, mais ce qui est vrai pour les entreprises dans le web 2.0 l’est aussi pour les professeurs qui sont un service si l’on veut.
Je crois que l’attitude à avoir est celle d’essayer de capter l’attention, de faire décrocher les étudiants de leurs écrans, de le voir comme un défi. Je crois aussi qu’il s’agit d’une évolution de la société et le concept de cours magistraux est révolu du moins pour ce qui est de l’université. Nous sommes bombardés d’information à droite à gauche et le fait de rester assis pendant 3 heures à écouter quelqu’un parlé n’est plus d’actualité. Les résolutions de cas, l’apprentissage par projet, des approches théories et pratique dans la même séance sont plus appropriées, l’approche par problème (comme en médecine) du moins je le pense.
La société change qu’on le veuille ou non. Le web 2.0 comme à faire sont travail et plus profondément qu’on le pense!
Pascal 1 juin 2010
C’est quand même drôle que sans faire du name dropping, je peux savoir de qui tu parles dans l’article en disant : « Pourquoi elle rit toute seule ? ».
Si j’étais la seule fille de la classe que tu as enseigné, je pourrais me sentir visé
Mais bref, comme le mentionne Alex, notre génération aime moins rester concentrer pendant des heures et un des meilleurs exemples est la diminution du nombre d’heures d’écoute de la télévision versus Internet. Il est tellement facile aujourd’hui de consommer les médias sociaux…
Nous aimons valider l’information que nous nous faisons enseigner, apprendre du contenu complémentaire à ce que les professeurs nous enseignent, etc.
Bref, il ne faut pas le prendre personnel comme tu dis… les réseaux sociaux font maintenant partis de nos outils et c’est ce qui nous permet d’être plus connecté.
Après avoir fait un cours dans une faculté où aucun étudiant n’utilisait d’ordinateur dans les cours, j’avais l’impression de suivre un cours avec comme seule information l’expérience du prof et que c’était LA vérité absolue. En plus, j’avais l’impression que certains étudiants étaient partiellement déconnectés de la réalité de tous les jours…
Guillaume Joly 1 juin 2010
@DOm, j’ai péché, je l’avoue. Je réciterai un chapelet ce soir avant d’aller au lit.
@Alex, merci pour les précisions. Je suis complètement d’accord avec l’apprentissage par projet, c’est une question d’équilibre selon moi. Sinon, ça vire en réforme de l’éducation, et alors, personne n’est gagnant!
@Pascal, je ne crois pas vraiment que « votre génération aime moins rester concentrer pendant des heures » comme tu le dis. En fait, c’est une question d’intérêt à mon avis, de passion, tout simplement.
Alexandre Hamel-Lesieur 1 juin 2010
Selon moi la réforme était très bien mais pas pour le secondaire, ils auraient dû mettre cela en place dans les universités pas dans les polyvalentes plein d’adolescent vraiment « veg »
Dji 15 juin 2010
Moi j’aime bien les cours magistraux… surtout quand ils sont donnés par des chargés de cours. Ils enrichissent la matière d’un paquet de trucs qu’ils ont vécu et selon-moi c’est très pertinent. Quand la classe remplie de gens sur le marché du travail, c’est encore mieux, car eux aussi ont de quoi partager.
Je pense que ce qui fait un bon cours, c’est le « travail d’équipe » des étudiants et du professeur. Alors ma question : Comment les gens font pour participer dans un cours s’ils sont trop occupés à piocher un portable ?!? De toute façon, tant qu’à moi, la préparation devrait se faire avant le cours et non pas pendant.
… dit celui qui pioche sur son portable une fois de temps en temps