Pour Ève, le concept de « tantôt » ressemble à celui d’un placard, ou encore à celui d’un petit tapis. Si quelque chose lui déplaît, elle ouvre le placard ou soulève le petit tapis, se débarrasse de ce qui la dérange le plus rapidement possible en espérant ne jamais plus avoir à y faire face.
Papa : On va prendre le bain ma puce…
Ève : Non, tâto!
Papa : Tu viens manger ma peanut…
Ève : Non, tâto!
Papa : Viens, on va changer ta couche qui pue…
Ève : No, non, non… tâââto!
J’en ai vu d’autres qui disaient « Une minute » ou encore « Bou! », en espérant que tu disparaisses (avec ton idée de lui laver la bouille après une partie de chocolat) comme un fantôme.
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J’ai entendu parler d’une étude sur les bienfaits du rire… que les enfants riaient beaucoup plus que les adultes… et tralala. Eh bien je peux vous dire qu’avec tous ses petits apprentissages, toutes ces limites qu’elle s’amuse à tester, à essayer de comprendre avec sa petite tête de 2 ans… elle nous garde bien en forme!
« Ève, on compte !? »
Deu, twoua, deux twoua, go, quatoze!
Au début, on a quelques contrats, ça roule, tranquille, on a le temps de faire des projections, de la planification et même de voir ses amis une fois de temps en temps. Les projets clients nous occupent, mais nous avons toujours du temps un peu pour les nôtres.
Avec les mois et les semaines qui passent et les contrats qui s’enchaînent à un rythme de plus en plus rapide, ce luxe (celui de penser à nous) s’estompe sournoisement. J’étais le premier à m’indigner du manque de temps en agence. Je plaidais pour le 20% de temps à la « Google », et même pour la semaine de 4 jours!
Là, c’est moi qui suis à la barre, il n’y a plus de boss à blâmer, plus personne pour prendre le blâme à part moi. C’est moi qui dois faire le choix de me lever de ma chaise pour aller voir ma fille qui joue dans le salon, ou de rester écrasé dedans pour terminer « encore un p’tit truc » avant la fin de la journée… et ça, c’est difficile à avaler.
Je me rappelle d’avoir lu ce livre alors que j’étais encore sur les bancs d’école. Utopique ? Peut-être un peu, mais bon, il faut bien commencer quelque part. J’ai d’ailleurs débuté à mettre en pratique certains trucs :
- J’ai mon tableau des trucs à faire accroché au mur à côté de moi ;
- Il y a désormais un étage qui me sépare du frigo ;
- Je me suis convaincu que Foursquare, c’est poche ;
- J’ai des courriels presque classés ;
- J’ai déserté MSN Messenger.
Pour l’instant, je ne vois pas vraiment la possibilité de travailler 4 journées sur 5, car il y a encore beaucoup à faire pour que mon entreprise soit là où j’ai envie qu’elle soit. Mais un jour, d’ici quelque temps, ça sera comme ça!
« Sscheule sscheule scscheule! »

Ça veut dire « Écoeure-moi pas, j’veux le faire toute seule ». Ève a 22 mois (après 24, promis on switch en années), elle est dans une phase d’affirmation. Un brin contestataire, elle remet en question – sans véritable raison – les règles et routines mises en place depuis des mois. Ça fait partie du processus normal apparemment.
De mon point de vue (je vois toujours les choses d’un peu plus haut que tout le monde), je me dis que ça doit être un moment de sa vie absolument frustrant. Elle comprend tellement de mots, de concepts, de relations… mais elle n’est pas en mesure de renchérir vraiment. En fait, oui, mais pas autant qu’elle l’aimerait.
La phase du « Sscheule », c’est la phase où il faut prévoir 10 minutes quand d’habitude ça en prend 2.
C’est la phase où les chaussettes vont tout d’un coup dans les bras plutôt que dans les pieds.
C’est la phase où, en plus de sa couche à elle, il faut en mettre une à sa grenouille en peluche (communément appelée « nouille ») et une autre à son écureuil en peluche (communément appelée « yeuille »).
C’est la phase aussi où monter dans l’escalier devient une expédition archéologique dans les mailles du tapis des 14 marches (on les compte tous les soirs) qui donnent accès au fameux « mmbain ».
C’est la phase où elle prend son dernier morceau de « toast teyyla » (toast au nutella), nous fixe directement dans les yeux et se fait un shampoing improvisé… juste pour voir notre réaction.

Mais la phase du « Sscheule » c’est surtout la phase où elle te regarde, te souris et comme ça, gratuitement, te dit : « taime papa ».