compostelle

La religion de Tonton Claude

Dans quelques jours, ce sera le baptême de Félix, mon petit neveu de 4 mois. Je serai le parrain de remplacement puisque le vrai parrain lui est en France. Moi-même bientôt papa, ça m’a replongé dans ces questionnements que j’ai face à ma religion et face au bagage spirituel que j’ai envie de transmettre à mon enfant.

Au moyen âge, à cause de la pauvreté, des famines et des guerres, on baptisait les enfants presque quelques minutes après leur naissance pour être certain qu’ils montent au ciel et qu’ils ne restent pas pris dans les limbes (à noter que le pape Benoit XVI a autorisé l’abandon de l’hypothèse de l’existence des limbes le 20 avril 2007 ). C’est d’ailleurs pour des raisons de rapidité – voire d’urgence – qu’on est passé d’un rituel de bain (immersion), à un rituel où on verse simplement de l’eau sur le front (effusion). La raison d’être du baptême est double. La première me plaît, alors que l’autre m’horripile au plus haut point. La religion est vraiment difficile à suivre des fois!

Requestionnement sur le Chemin

Camino del pardonIl y a maintenant presque 3 ans, alors que j’étais sur le chemin de Compostelle, un monsieur de l’Ontario, qui avait 83 ans m’a demandé d’où je venais au Canada (il avait vu mon drapeau sur mon sac). Quand je lui ai dit que j’étais du Québec, il a enchaîné sur des questions d’abord politiques en affirmant que le chef qui avait le plus de sens à Ottawa était Gilles Duceppe – c’est quand même drôle qu’un Ontarien tripe sur le chef du Bloc québécois – pour ensuite bifurquer sur une série de questions d’ordre religieuses.

« Why do you think, people in Québec lost their faith in God? » Hmmmm… maudite bonne question! On s’est donc mis à discuter de religion.

Je lui expliquais que j’étais outré par la décoration majestueuse – un style baroque (donc très massive), présentant d’énormes pans de mur ornés avec l’or pillé aux Incas et aux Asteks pour la « grandeur de Dieu » – de toutes les églises que nous croisions sur le chemin en Espagne. Je lui expliquais que je trouvais que la religion avait donné la mort à beaucoup trop de gens (beaucoup plus en fait que les deux guerres mondiales réunies) et qu’il m’était, en l’occurrence, très difficile d’endosser cela sans ressentir un certain sentiment de honte.

La religion s’est pervertie

Mon avis – et si vous lisez ce billet, c’est sûrement parce que vous y êtes intéressé – est que la religion au Québec a été surutilisée, et surtout très mal expliquée. C’est d’ailleurs la réponse que j’ai donnée à cet Ontarien très sympathique avec qui je marchais.

La religion est devenue un prétexte pour tout. « Mon p’tit gars, si tu pris assez souvent, tu l’auras peut-être ton vélo. » C’est n’importe quoi! Ce n’est pas « aimer son prochain » que de faire croire à un enfant de 5 ans qu’il aura quelque chose en retour de prière, c’est le prendre pour un imbécile. Les guerres au Moyen Orient – que j’ai beaucoup de peine à comprendre – sont toutes reliées à une interprétation différente de la religion. Qui détient la vérité? On s’en fou un peu, surtout quand la veille, son frère est mort dans un attentat suicide perpétré par groupe qui a fait explosé une bombe attachée à une kamikaze trisomique à l’aide d’un téléphone cellulaire.

Des fondements dignes

La religion telle qu’elle est exprimée aujourd’hui n’a, à mon avis, plus lieu d’être. Je crois qu’il faut reprendre les enseignements de base et les actualiser. Il faudrait revoir l’interprétation des 10 commandements, qui à bien y penser, ne sont pas si cons que ça. Il faudrait surtout rajeunir le clergé et qu’il fasse des efforts pour se démocratiser et pour rendre son enseignement plus accessible. En fait, il faudrait rendre la religion plus sexy!

Tonton Claude

Tonton Claude Tonton Claude, c’est le surnom du prêtre itinérant qui était responsable de notre préparation au mariage (un cours imposé à ceux qui désirent se marier à l’Église). Ce Tonton Claude, il a réussi à faire pleurer au moins la moitié de notre groupe de 40 – dont Julie et moi – en nous offrant le sacrement du pardon. Il a répondu à une question que je lui ai posée devant tout le monde en disant : « D’abord mon Guillaume, je comprends tout à fait ton inconfort à endosser tout ce que l’Église Catholique a fait, et je vais te dire pourquoi elle l’a fait… l’Église Catholique n’est composée que d’hommes… ça explique beaucoup de ses gaffes et c’est à mon avis son défaut le plus flagrant (…) ».

Après cette superbe discussion, nous avons demandé à Tonton Claude s’il voulait bien célébrer notre mariage en Outaouais (qui a eu lieu le 9 juin 2007), ce qu’il a accepté à condition d’être de la fête avec nous après. Il a cruisé les demoiselles d’honneur, il appelait mon garçon d’honneur « Jonathan le Goélan » pendant la célébration, il s’est trompé au moins à 5 reprises dans ses répliques et à même fait la promotion de ses cours de préparation au mariage à l’Oratoire St-Joseph de Montréal pendant son sermon.

Quand la moitié de l’église avait de la misère à réciter les prières usuelles (le Notre Père par exemple), il la récitait lui-même plus fort, quand venait le temps de répondre : Amen, il ouvrait grand la bouche, regardait bien l’auditoire et prononçait un long Aaaaaaaaaamen, avant de féliciter tout le monde d’un clin d’oeil.

Tonton Claude n’est pas le plus sexy des prêtres, mais il savait se rapprocher de son auditoire, de nous, de nos amis, de nos familles. « Là où y’a de l’homme, y’a de l’hommerie! » disait-il, en faisant référence à l’histoire de l’Église. Il essayait donc d’être un peu moins conventionnel, un peu mieux croyant, et surtout il continuait à essayer de nous faire croire à ce monde un peu décalé par rapport à nos vies qui vont à 100 milles à l’heure… un monde où on prend tout simplement le temps de prendre le temps!

Merci Tonton Claude, je promets que c’est cet esprit que j’essayerai de transmettre au petit Félix en fin de semaine et pour le reste de sa vie.

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