religion

Faire baptiser ou pas

Il y a presque deux ans maintenant, j’épousais Julie à l’église. Durant cette cérémonie, j’ai promis à Dieu d’élever mes enfants dans la foi chrétienne…

Quelques mois après, elle donnait naissance à une super jolie petite fille que nous avons choisi de ne pas faire baptiser… (et paf!) et de prénommer Ève (et repaf!) : prénom de la femme responsable du péché originel dont tous les enfants se font laver lors de leur baptême.

A) Erreur de jugement
B) Affirmation de soi
C) Protestation
D) Aucune de ces réponses

J’ai déjà écrit sur le sujet du baptême, mais je n’étais pas encore papa. Je n’avais pas encore cette fibre du paternel protecteur, ce sentiment protectionniste très agressif… qui s’exprime à l’occasion pour défendre et pour protéger cet être que j’aime le plus au monde. Faire baptiser ma fille, c’était la laver d’un péché, c’était la faire naître à nouveau, comme si elle était mal née la première fois.

Lorsque ma petite fille est née, elle était coupable que d’une seule chose : celle de rendre ceux qui l’attendaient encore plus heureux qu’ils croyaient pouvoir l’être. Elle n’était coupable de rien d’autre! D’absolument rien d’autre!

Certes, faire baptiser son enfant, c’est également l’accueillir dans une famille, dans un groupe. C’est aussi, et surtout j’ai l’impression, un leg culturel. Le baptême ne laisse personne indifférent parce qu’il est lourd de sens, parce qu’il touche des cordes sensibles chez soi… et très souvent, il touche également des cordes très sensibles dans sa famille.

Pourquoi nous avons refusé le baptême

Lors de notre mariage, nous avons choisi tous les textes bibliques qui ont été lus durant la cérémonie. Mon préféré était un texte tiré de l’Évangile selon Matthieu : « Vous êtes le sel de la terre ». Le sel a bien sûr la propriété de donner du goût, mais aussi, il a des propriétés de conservation.

Ce texte résume notre décision et était, en quelque sorte, un avertissement que nous faisions à Dieu : malgré le fait que nous demeurerons respectueux des enseignements et de l’héritage de la religion qui nous a été léguée, nous n’allons peut-être pas suivre les traces exactes dictées par l’Église.

Nous avons décidé de pimenter (de mettre du sel) un peu l’expérience en refusant le tout premier sacrement que l’Église nous proposait pour notre petite.

Ève est gourmande

Je n’étais tout simplement pas capable d’accepter qu’elle soit coupable de quoi que ce soit. S’il y a un coupable, c’est moi! C’est moi qui ai dragué sa mère, c’est moi qui l’ai demandé en mariage, c’est moi qui lui ai fait – avec plaisir! Parce que c’est comme ça maintenant qu’on fait des enfants – un enfant, c’est moi qu’on devrait laver de ses péchés… car à 28 ans, je l’avoue, je n’ai pas toujours été parfaitement parfait ;O)

Lorsqu’elle sera plus grande, nous lui parlerons de tout ça. Nous lui parlerons de notre religion (ce que nous en avons conservé), nous lui expliquerons pourquoi elle n’a pas été baptisée et si elle désire ce sacrement, et bien au moins, à ce moment-là, elle aura au moins été coupable d’avoir été une petite fille très gourmande lorsqu’elle avait environ un an et d’avoir embrassé le téléviseur à plusieurs reprises!

C’est moi qui choisis la marraine!

Il y a deux semaines, avec ma copine, nous avons finalement statué sur nos choix de marraine et de parrain pour notre petite Ève. Durant le processus de sélection – qui s’est étalé en fait sur plusieurs mois – on s’est rendu compte que ces rôles sont perçus d’une manière très différente d’une génération à l’autre et d’une famille à l’autre également.

Par exemple, dans la famille de Julie, les parrains-marraines étaient d’office un oncle et une tante formant un couple. C’est sûr que quand la famille immédiate compte 13 ou 14 enfants, être nommé parrain ou marraine nous distingue des autres et nous donne un statut un peu plus particulier. Ces jours-ci, les tablées sont moins imposantes, la différenciation n’a plus vraiment lieu d’être à mon avis, car chacun des oncles et chacune des tantes occupera de toute façon une place de choix dans la vie du nouveau-né. Dans la mienne, les choix étaient plus disparates, moins dirigés, c’était des coups de coeur j’ai l’impression.

Cela étant dit – et discuté très longuement au conseil (conseil = ma copine) – pour Julie, le choix du parrain était pour elle fait depuis longtemps, c’était Yan, son grand frère. Il ne restait que moi à convaincre, la tâche fut assez simple et plutôt de courte durée. Yan aodre tellement notre petite que ça allait en effet de soi. Mais comme Julie venait de choisir le parrain, c’était à moi de choisir la marraine.

Mon point de vue du rôle d’une marraine

Il y a d’abord la dimension religieuse de la tâche, mais avec Julie, nous avons décidé de ne pas faire baptiser notre petite. C’est un choix personnel, il y avait des pour, il y avait des contres… les contres ont gagnés cette fois-ci, contrairement à la dernière fois où nous nous étions posé la question pour notre mariage qui fut, en bout de ligne, célébré à l’Église par un prêtre génial.

Il y a ensuite la dimension humaine, celle qui pour moi est bien entendu la plus importante. J’ai beaucoup repensé à ma marraine à moi. Au rôle qu’elle avait joué dans ma vie. Ce que j’ai beaucoup aimé c’est cette complémentarité entre elle et mes parents. Elle aimait des choses complètement différentes de mes parents, elle avait un tout autre style de vie. En France, au ministère de la santé à Paris, on ne fait pas tout à fait la même chose que dans un conseil scolaire d’Ottawa (là où travaille ma mère) ou dans un hôpital psychiatrique (là où travaille mon père) de Gatineau.

Nanou – c’est comme ça que j’ai toujours appelé ma marraine – a une vie extrêmement bien remplie. Très impliquée dans la communauté universitaire, auteure de plusieurs livres, elle a voyagé comme peu de gens que je connais. Elle a vécu en Inde et surtout au Népal pendant quelques années : qui n’aime pas se faire raconter ce genre d’aventure?! Fascinée par les arts, la culture sous toutes ses formes. Pour un petit gars de l’Outaouais comme moi, c’était toute une fenêtre sur le monde qui s’ouvrait au fil des années. Mon seul regret est que cette marraine ait été de l’autre côté de l’Atlantique ce qui a un peu compliqué les choses, mais qui en même temps les a rendues si magiques lorsque nous pouvions passer du temps ensemble.

Pour ma petite fille, j’ai eu très envie de lui offrir le même cadeau que mes parents m’ont offert en me donnant la chance d’avoir une marraine comme Nanou. J’ai très envie qu’elle puisse compter sur sa marraine comme j’ai pu le faire avec la mienne. J’ai très envie qu’elle découvre des côtés de la vie que nous, comme parents, en raison de nos personnalités respectives, aurions eu du mal à lui faire découvrir. J’ai très envie qu’elle puisse aller passer du temps seule avec sa marraine quand elle aura envie, juste parce que c’est agréable de savoir qu’on compte beaucoup pour quelqu’un d’autre que ses parents.

Je les fais bien rireMon choix s’est donc arrêté sur – et ce n’est pas du tout arrangé avec le gars des vues – Julie Bernard (alias matante Toupie, la copine du frère de Julie). J’ai appris à connaître Julie depuis les deux dernières années. C’est une fille avec un humour pince sans rire (humour que je suis absolument incapable de pratiquer parce que je suis un trop bon public… même pour mes jokes à moi), qui incarne l’authenticité même. C’est une vraie fille, qui aime le maquillage, la mode, les mises en pli et les chaussures à la mode. C’est une fille qui ne laisse personne se mettre dans son chemin et pour qui il n’y a rien de trop beau. Je vois déjà ma petite aller magasiner et se faire faire les ongles avec Julie. Au travail ces temps-ci, nous faisons un tas d’événements, le prochain c’est les 3M (Martini, manucure et mémérage). Je verrais d’ailleurs très bien Julie et Ève ensemble à ce genre d’activité. Julie sera assurément une excellente confidente et une merveilleuse acolyte dans la vie de tous les jours.

Merci et Merci

J’ai envie de finir ce billet en remerciant du fond du coeur ma marraine qui a été si généreuse et pour qui – et je le sens encore à 27 ans – je compte tellement. J’ai également envie de dire merci à Julie d’avoir accepté ce rôle pour ma fille que j’aime plus que tout au monde.

La religion de Tonton Claude

Dans quelques jours, ce sera le baptême de Félix, mon petit neveu de 4 mois. Je serai le parrain de remplacement puisque le vrai parrain lui est en France. Moi-même bientôt papa, ça m’a replongé dans ces questionnements que j’ai face à ma religion et face au bagage spirituel que j’ai envie de transmettre à mon enfant.

Au moyen âge, à cause de la pauvreté, des famines et des guerres, on baptisait les enfants presque quelques minutes après leur naissance pour être certain qu’ils montent au ciel et qu’ils ne restent pas pris dans les limbes (à noter que le pape Benoit XVI a autorisé l’abandon de l’hypothèse de l’existence des limbes le 20 avril 2007 ). C’est d’ailleurs pour des raisons de rapidité – voire d’urgence – qu’on est passé d’un rituel de bain (immersion), à un rituel où on verse simplement de l’eau sur le front (effusion). La raison d’être du baptême est double. La première me plaît, alors que l’autre m’horripile au plus haut point. La religion est vraiment difficile à suivre des fois!

Requestionnement sur le Chemin

Camino del pardonIl y a maintenant presque 3 ans, alors que j’étais sur le chemin de Compostelle, un monsieur de l’Ontario, qui avait 83 ans m’a demandé d’où je venais au Canada (il avait vu mon drapeau sur mon sac). Quand je lui ai dit que j’étais du Québec, il a enchaîné sur des questions d’abord politiques en affirmant que le chef qui avait le plus de sens à Ottawa était Gilles Duceppe – c’est quand même drôle qu’un Ontarien tripe sur le chef du Bloc québécois – pour ensuite bifurquer sur une série de questions d’ordre religieuses.

« Why do you think, people in Québec lost their faith in God? » Hmmmm… maudite bonne question! On s’est donc mis à discuter de religion.

Je lui expliquais que j’étais outré par la décoration majestueuse – un style baroque (donc très massive), présentant d’énormes pans de mur ornés avec l’or pillé aux Incas et aux Asteks pour la « grandeur de Dieu » – de toutes les églises que nous croisions sur le chemin en Espagne. Je lui expliquais que je trouvais que la religion avait donné la mort à beaucoup trop de gens (beaucoup plus en fait que les deux guerres mondiales réunies) et qu’il m’était, en l’occurrence, très difficile d’endosser cela sans ressentir un certain sentiment de honte.

La religion s’est pervertie

Mon avis – et si vous lisez ce billet, c’est sûrement parce que vous y êtes intéressé – est que la religion au Québec a été surutilisée, et surtout très mal expliquée. C’est d’ailleurs la réponse que j’ai donnée à cet Ontarien très sympathique avec qui je marchais.

La religion est devenue un prétexte pour tout. « Mon p’tit gars, si tu pris assez souvent, tu l’auras peut-être ton vélo. » C’est n’importe quoi! Ce n’est pas « aimer son prochain » que de faire croire à un enfant de 5 ans qu’il aura quelque chose en retour de prière, c’est le prendre pour un imbécile. Les guerres au Moyen Orient – que j’ai beaucoup de peine à comprendre – sont toutes reliées à une interprétation différente de la religion. Qui détient la vérité? On s’en fou un peu, surtout quand la veille, son frère est mort dans un attentat suicide perpétré par groupe qui a fait explosé une bombe attachée à une kamikaze trisomique à l’aide d’un téléphone cellulaire.

Des fondements dignes

La religion telle qu’elle est exprimée aujourd’hui n’a, à mon avis, plus lieu d’être. Je crois qu’il faut reprendre les enseignements de base et les actualiser. Il faudrait revoir l’interprétation des 10 commandements, qui à bien y penser, ne sont pas si cons que ça. Il faudrait surtout rajeunir le clergé et qu’il fasse des efforts pour se démocratiser et pour rendre son enseignement plus accessible. En fait, il faudrait rendre la religion plus sexy!

Tonton Claude

Tonton Claude Tonton Claude, c’est le surnom du prêtre itinérant qui était responsable de notre préparation au mariage (un cours imposé à ceux qui désirent se marier à l’Église). Ce Tonton Claude, il a réussi à faire pleurer au moins la moitié de notre groupe de 40 – dont Julie et moi – en nous offrant le sacrement du pardon. Il a répondu à une question que je lui ai posée devant tout le monde en disant : « D’abord mon Guillaume, je comprends tout à fait ton inconfort à endosser tout ce que l’Église Catholique a fait, et je vais te dire pourquoi elle l’a fait… l’Église Catholique n’est composée que d’hommes… ça explique beaucoup de ses gaffes et c’est à mon avis son défaut le plus flagrant (…) ».

Après cette superbe discussion, nous avons demandé à Tonton Claude s’il voulait bien célébrer notre mariage en Outaouais (qui a eu lieu le 9 juin 2007), ce qu’il a accepté à condition d’être de la fête avec nous après. Il a cruisé les demoiselles d’honneur, il appelait mon garçon d’honneur « Jonathan le Goélan » pendant la célébration, il s’est trompé au moins à 5 reprises dans ses répliques et à même fait la promotion de ses cours de préparation au mariage à l’Oratoire St-Joseph de Montréal pendant son sermon.

Quand la moitié de l’église avait de la misère à réciter les prières usuelles (le Notre Père par exemple), il la récitait lui-même plus fort, quand venait le temps de répondre : Amen, il ouvrait grand la bouche, regardait bien l’auditoire et prononçait un long Aaaaaaaaaamen, avant de féliciter tout le monde d’un clin d’oeil.

Tonton Claude n’est pas le plus sexy des prêtres, mais il savait se rapprocher de son auditoire, de nous, de nos amis, de nos familles. « Là où y’a de l’homme, y’a de l’hommerie! » disait-il, en faisant référence à l’histoire de l’Église. Il essayait donc d’être un peu moins conventionnel, un peu mieux croyant, et surtout il continuait à essayer de nous faire croire à ce monde un peu décalé par rapport à nos vies qui vont à 100 milles à l’heure… un monde où on prend tout simplement le temps de prendre le temps!

Merci Tonton Claude, je promets que c’est cet esprit que j’essayerai de transmettre au petit Félix en fin de semaine et pour le reste de sa vie.

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